Comme un passage

Benoit Baudinat, Cinéma, Musique et Littérature .Textes & Proses des lendemains qui déchantent. Benoit Baudinat.

18 octobre 2009

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Juin_2009_048



C’était écrit, c’était immense. C’était le sillon creusé dans une terre qu’aucune pluie ne viendrait mouiller. Comme l’âge révolu, la jeunesse évanouie mais vécue, l’ongle coupé, la seconde passée, la cigarette fumée, c’était comme la rupture, comme l’instant qui suit le choix, comme l’instant de la chute, l’instant de la venue au monde, comme la strate sur le tronc de l’arbre, l’océan qui avale le soleil, la pénétration, la maladie qui s’installe, comme la ride, comme le suicide, comme une touche de noir appliquée sur un visage blanc ; c’était fait.

 

Dans le premier froid de l’hiver, j’ai saisi l’inspiration. Les pieds nus, la peau tendue, j’ai violé cette nausée, ce ruban ; maudit, je suis l’homme, je meurs de la main de mes créations, j’ai trop crée, trop inventé ; je suis l’amour, je suis le saint martyr, je suis les autres, personne, le monde, j’accouche, je suis la pierre taillée, magnifique, qui écrase le brin d’herbe, magnifique, je suis la contemplation, je suis la transformation, je suis l’art global, la masturbation, je suis la fraîcheur et le moisi, ah ! Je meurs ! Je n’ai jamais existé, j’ai tout gâché, non, j’apprends, je me façonne, je façonne, je suis l’oubli, le début, le début, le début, je suis la découverte, je suis toujours, le concept, je suis le caractère, la pitié, je suis beau, je bouge, parasite, au secours, aidez-moi, vous. Qui êtes-vous ?

 

Oh... C’était beaucoup trop. Je me regarde, et je ne vois que quelques centimètres de matière, alors pensez-vous, héberger l’absolu... Je suis trop petit. Oh ! L’inutilité des mots... Oh ! L’inutilité de moi... Ah ! L’inutilité de l’utile ! Tout est futile, dans ce cas ; mais où sont les réponses, où sont les maîtres, où sont les drogues ; c’est une hallucination dite saine qui fait battre mon cœur, c’est le vin plasmatique qui s’écoule, est pompé ; mais dites-moi, c’est encore de l’invention ! Dois-je chercher la perle, inventer l’unique ? Mais je veux tout aimer ! Médiocres, dans mes bras ! Et si je n’ai pas de bras, touchez mes jambes, et si je n’ai pas de corps, écoutez-moi ! Ah ! Nous y sommes ! La parole ! Mais qui écoute ? Moi, j’ai déjà tout oublié.



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05 mai 2009


La lame harmonique a fait des trous,

           La crête acide, Le creux des tréfonds.

« Ce n’est pas moi qui fait ça »

           A songé le poète assommé.

Les armes désossées, poudrant le golgotha.



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06 février 2009



Sur le parterre des fourmis mauves

Se greffe la poupée rousse.

Elle a rampé.

 

Rite mystique ; folle sacrée,

Elle mange la mousse

Et croque sa vie chauve.


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S Q U A L E



Il y a des épaves

qui brûlent.

 

Les navires titans

allumés par la neige.

 

Le bois charnu, les veines entrelacées.

 

Des strates immortelles

saluées par la foule.

 

Au-delà de la poupe, l’idole sacrifiée

se tord, mordue par les requins.

 

Dans l’intestin du squale

les chairs sont nutriments.


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06 janvier 2009

B L O O D

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             Elle s’est enfoncée une lame dans la gorge.

  Ca n’a pas besoin d’être vrai ; c’est presque là. 

             Elle avait trop de sang

dans la bouche. 

             Le matin, elle ouvrait les yeux et déglutissait, nausée rouge. 

             Sur les autres, elle crachait. 

             La petite jeune fille a promené ses cernes bleus sur beaucoup d’angles. 

             Parfois, elle avait ce rire de souffle, ce bruit de joie ; 

             Elle prenait son élan. 

             Il humiliait, ce rire, il était la lame serrée entre ses doigts sans chaleur, 

             Sortie de son corps, brillante de rancœur ; 

 Il portait l’ultime relent d’un feu d’organes. 

             Janus, ta salive était noire. 

             La petite jeune fille a bavé sur bien des pages. 

 Elle n’aimait plus

sentir les corps.

  Elle n’aimait plus

sentir son corps. 

 Sur ses bras, elle avait tracé des lignes de lumière, 

               Une pour chaque jour. 

               Des lames de soleil, des lames

plus blanches que la peau. 

               La petite jeune fille était jolie ; elle a trop mordu ses lèvres. 

Les bras de sang.

La bouche de sang. 

            Elle s’est enfoncée une lame dans la gorge. 

            C’est là.

 

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27 septembre 2008

U N D E R W A T E R

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             Epaules chahutées dans le tunnel qui bouge, Marc ondule sous la terre. Vitres sales ou propres, la même étendue sombre défile, tandis qu’en haut éclate la nuit jaune. 

            En ligne droite, sans obstacle, le gros vers crève les abcès des rues, perfore les boulevards, les monuments. Marc jouit de s’enfouir ainsi dans les arcanes de sa ville ; il en sent les relents. Entre le creux et la surface n’existe qu’une fine croûte de sol ; fauteuil goudronné pour une humanité obèse.

             Voir, décrire en termes crus ce qui pullule dans les couloirs. Ici, l’air manque. Une mouche inattendue, sans joie, cherche son chemin.
             Rien de plus moite que ces parois d’un blanc nacre rendues grasses par la sueur ; l’huile épaisse se plaque au visage, ruisselle, englue, paralyse.

             Voici donc la caverne où l’on ne touche rien. Pudeur ou hygiène, murs et hommes ne se caressent plus depuis des siècles.
             Marc examine ses mains ; il faut qu’elles soient propres ! Déjà, un petit amas de crasse brune, sous l’ongle de l’index... 

             Entre deux grottes sont gravés ordres et mensonges, apostrophes indélicates pour humeurs affaiblies. Peu répondront aux sourires érotiques, dents lisses sur fond rugueux. Le flot gigantesque voudrait mordre dans cette réalité à vendre, glissante comme du sable rose. 

             Le voyage continue. Autour de Marc, une solitude surpeuplée. A en croire les attitudes, il n’y a ici que des rois et des princesses ; ils nagent dans la boue de leur royaume. Acteurs, ils jouent à l’ombre des néons brisés le rôle de la vie choisie. Plus tard, ils entendront les sifflets de la salle presque vide. Pire, ils s’applaudiront peut-être eux-mêmes. 

             Etrange ballet que dansent ces visages harassés, celui de la séduction nonchalante ; stérile posture défensive. Ils savent le contact impossible, parlent avec leurs habits, ils sont vêtus de méfiance. Il faut bouger, pourtant, feindre d’être beau. Comment ne pas se fatiguer pour rien, dans cette cruche moribonde où les immobiles restent au fond ? 

             Clichés ; Marc s’observe. Maussade, dans ses postures figées de mauvais comédien. Il dépose ses yeux sur le siège d’en face, se fixe.
             Ses voisins parlent tous en même temps, ne s’écoutent jamais. Marc ne distingue plus qu’une ligne de basse continue, fréquence surnaturelle faite de l’ensemble. Il imagine une grande bouche capable de déchirer le bruit, hurlement suprême et sinistre ; les dents des voyageurs grincent et se brisent, l’homme vient de rugir sa déréliction. 

             Il est temps. S’agripper aux pattes de la mouche, rendre son ombre à la lumière vraie de la nuit. Le long des dernières galeries, un souffle frais grandit et rassure. Croire à la maigre promesse d’un espace moins clos ; dehors bourgeonnent les bougies hautes.




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15 septembre 2008

R E L O U

 


             Rien d’inventé dans ces nuits là, eh, tu y crois ? Enfant de rien, tu peux cracher. 

             Eh, crache ! Tu as vu, il se casse les ongles pour toi, l’autre nouveau-né. Le vieux, celui qui pue, tellement qu’on adore ça. 

             Les têtes bougent, missiles dissonants dans l’estomac, on tabasse des tambours et on joue avec des cordes, eh, c’est mieux que de se pendre. 

             Combien de regards en rouge dans la grande salle ? De la démence, il y en a partout. C’est le contexte qui t’a rendu dingue, pour une fois le droit à l’extase est dans ta poche. Ouais ! Là, dans l’asile. 

             Tu as dansé, hein ? Tu l’as touché, le fameux truc ? 

             C’était rien qu’une nuit, tu dis ? Non... Demain, ce sera la mort, je l’attends. 

             Mais sur ma chaise musicale, je chante encore un peu. L’horloge du salon peut attaquer la prochaine mesure ! 

             Son tic-tac est frelaté.
             Je préfère donner mon âme au tempo des bébés. 

 Eh, Lou, tu m’aides ? J’ai déjà tout oublié.


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07 mai 2008

T H A N K S & S O R R Y

     Les_brioches



            
Il était lourd et mal assuré, noble cependant, tête dressée hors du manteau taché par la rue et les nuits froides ; manteau qu’il faut bien porter pour couvrir l’être vrai, pas propre non plus mais bien vivant. Il avait l’allure d’un vieux guerrier vaincu, blessé mais fier, seul et froid face aux cadavres tièdes, mais sage et sur la route, encore. Un peu cassé, un peu lassé.
             Avec son sac à dos, ses pieds en sang et son visage, tout maquillé de sombre, il est entré dans le supermarché. Il a offert son regard bienveillant à l’assemblée des paupières vides, cohortes verticales déambulant dans les allées, à la recherche du besoin. Ca sentait bon la brioche, dans ce supermarché. Il y avait, par-dessus et en dedans, l’odeur des légumes frais qui piquent un peu le nez. Et puis des choses moelleuses, des choses qui brillent tellement qu’on pourrait presque les imaginer en train de fondre, des monticules de douceurs exhibées et des petits rassemblements de boîtes mystérieuses, coffres au trésor.
             Lui, il avait oublié. 

             Il s’est approché d’une caissière, jeune femme un peu ronde ; appétissante et bien à sa place au milieu des rayons.
             « -Pardonnez-moi, Mademoiselle. Auriez-vous quelque chose pour écrire ? »
Un peu méfiante, ou étonnée, la jeune femme ; elle jauge les intentions de l’homme avant l’homme, mais quoi ? C’est son travail. Bredouillante, toute chahutée dans ses repères, elle tend un stylo au grand guerrier.
             Alors, l’homme ouvre son sac à dos trop plein de rien et en extirpe un morceau de carton, dégueulasse et très vieux. Et puis, en grosses lettres noires, il inscrit dessus, le grand guerrier : « J’AI FAIM »
             Comme il rend le stylo à la dame, comme il dit merci en souriant, et comme il sort tout doucement, l’homme. Il s’assoit là, juste devant la porte, l’homme, et installe sa pancarte fraîche sur ses genoux ; aux yeux des autres.





free music

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05 mai 2008

R O C K

Jamais_Deux





Accord de force, envie de bâtir
Du verre brisé sur les restes d’une
 forteresse. 

             Influx mauve, pourpre, coulée sanguine, saignée
Salvatrice ; danse au soleil du soir.
             Les poignes pressantes, qui
enlacent l’estomac, vives attaques qui
             font sourdre la vie. 

Pensées d’aurores, de lendemains qui
              verdissent
Au front du désert d’autrui,
Poussées du sort, cyclique entente de
             la raison et du fantasque. 

 Au fond, descentes aux abysses,
montées aux calices,
Décès d’une déception,
Pressoir de l’acidulée
             catharsis, ferveur de
Nos passades.



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04 mai 2008

N A U S E E P A S

            Janson



              Sur la route tracée, déjà, raide, lisse, s’ennuie Marc. Pas après pas, sans guide, chemine sur la marche à suivre ; il faut chercher ce port, cette destination.
              Dans la bouche, l’inquiétante saveur d’un ordre donné à la naissance, naissance lointaine, qui s’atténue, ténue mais volage, qui disparaît.
              Alors, sur les longs pavés chauds d’un printemps de béton, Marc efface les empreintes de ceux qui ne parlent plus, et s’approprie l’humeur d’une journée froissée, abîmée, le ton d’un soleil qui n’attend plus les hommes pour hisser ses rayons tièdes. Qu’importent les marées imperceptibles, ondes hurlantes qui le frôlent, car les cris sont devenus murmures, comme ces images collées à la rétine qui ne voit rien.
              Partout des hauts murs, transformés en limites, des stèles imposantes, mémoire placardée en l’honneur de la mort ; des sentiers inconnus, et des routes fidèles.
              Dans les oreilles de Marc, bien plus fort que le soupir des autres, résonne le fracas de cette marche, sa propre danse, son mouvement immobile, sa stagnation assassine ; sa course fatiguée.
              Dans les bras de l’aurore, il se rue encore, placide et acharné, contre la nuit qui le menace, contre le sombre instant de toujours ; la promesse éloignée.
              Conscience effarée, sa frayeur est tranquille, et dans le bruit de ses maux, calme, résignée, demeure la trace de ses envies.



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