Comme un passage

Benoit Baudinat, Cinéma, Musique et Littérature : élucubrations d'un parisien à Paris.Textes & Proses des lendemains qui déchantent. Benoit Baudinat.

20 décembre 2007

U C H R O N I E

Caesar4
THE



             Ah ! Femme vraiment supérieure.

             Ses mots sont atypiques, utopiques, pathétiques. Elle aime Rimbaud, mais le connaît si mal. Belle, elle sait trouver la beauté partout où elle se trouve.

             Jambes ficelles.

             Ses yeux... elle voit !

             Elle s’anime, s’enflamme, parle de ses idoles avec la verve ingénue de l’experte mal assurée.

             Oui ! Non ! Elle rayonne.

             Se pose, se repose quelquefois. Se mord la lèvre, détourne le regard, sourit et expire toute sa mélancolie. Si seulement...

             Parle encore, enfant ! Dis comme tu aimes et comme tu vis, l’espoir lacéré mais la mémoire intacte.

             Sois belle, et parle !

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18 décembre 2007

W A T K I N S

Punishment_Park_2

« Il fut un temps où il était honorable d’être policier. Il fut un temps où il était honorable d’être président. Aujourd’hui, je crois que ce qui est honorable, c’est d’être un criminel. »

 PUNISHMENT PARK.

Lorsque les méthodes de la loi sont illégales.
Lorsque la morale bascule.

Le film date de 1971, c’est l’œuvre politique à son sommet. Parce que la politique, ce n’est pas l’Assemblée. Ce n’est pas le suffrage universel. La politique, ce n’est pas une promesse. Ce n’est pas ce qui sépare le verbe de l’action. La politique, ce n’est pas une institution.

Parce que la politique, ce n’est pas de la politique.

La politique, c’est l’art.

Un inséré bien pensant vaudra toujours mieux qu’un rebelle de carton : le bien pensant, lui, peut encore ouvrir les yeux


Punishment_Park_1.

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L O U

loureed

 

 Il s’est écroulé. Il y avait la pénombre, les gens et la musique. Noires, croches, émotions syncopées. Anachronisme ; il y avait cet homme sur la scène. Cet homme que tout accable, même son age. Ce survivant, ce grand type-là. 

             Oh... Sweet Nuthin. 

 Il a pleuré pour l’homme. Il a pleuré pour cette musique hors du temps, cette guitare, ces envies d’un autre siècle. Il a pleuré pour cette époque que sa naissance lui a volé. Pour le miracle de la résurrection, loin, très loin de la foi en un Dieu.

             La nostalgie de l’inconnu.

 Il a pleuré, aussi, en se demandant si cet homme était encore à sa place, aujourd’hui. C’est la mort qu’il exalte, pourquoi ?

 Il a séché ses larmes. Cet homme est en vie, c’est pour maintenant qu’il chante hier. 

 

             Et il le faut.


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12 décembre 2007

B R E A T H & D I E

Pigeon

 


             Lorsque David est sorti ce matin, les larmes ont coulé sur ses joues. Elles lui ont saisi le visage, elles ont congestionné ses traits.
 Ca sentait le froid. Le froid qui le faisait sourire lorsqu’il était un petit garçon. Il descendait la Rue des Ecoles, le nez dans son écharpe... il était heureux, alors.
             Ca sentait ce froid platonique, ce froid bienfaiteur qui s’est chargé d’une humeur neigeuse avant de tomber sur la capitale. David sentait les pavés craquer sous ses chaussures, et son regard se mouillait sur la limite entre sa ruelle assombrie et le reste de la ville, inondée de soleil. Il aurait voulu s’offrir au monde.
             Il a marché, encore un peu. Assez pour laisser son impression s’user jusqu’au bout. Bientôt, tout allait rentrer dans l’ordre, et sa vision des choses allait se ternir. Mais en attendant, David voulait se promener autant que possible dans ce petit creux de souvenirs, cette faille émotionnelle.
             Les narines meurtries, il humait ce froid en s’abandonnant tout à fait à son emprise. Comme un petit garçon, il s’est laissé bercé par le cœur ferme de la brise... avec l’assurance de ceux qui ne savent pas où ils vont.

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11 décembre 2007

F A C E A C I E U X

Warhol_Jagger



Il fait se mouvoir les ivresses de ses nuits noires. Résonances brumeuses d’un rêve éteint, il fixe la fragrance d’une vie nocturne.


            Son songe est une clairière, il a vu dans son ombre le reflet de demain.

Sinistre Face. Vision flouée. 

Il narre le conte de son oubli, pour se souvenir. S’enferme dans une chambre froide au sortir du sommeil, et glace ses sens ; cristaux de peine.

Gastronome de l’infâme, il savoure les rances relents de ses rares sourires.

Blanc d’ange, vitale pâleur, il corrige néanmoins. Rature, nuance, censure. A jouer avec les couleurs, il devient gris.

             Fantasque, il romance, mais son encre bave et s’infuse dans la marge.

            Lucide, il souffre. Refuse d’idolâtrer, mais admire sans réserve. Travaille en dilettante et compose en autiste, il compare quelquefois, et garde sa confiance.

Jusqu’à la prochaine ligne.

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08 décembre 2007

S A M E (ANTIQUE)

Etude



             Malade de ne pas comprendre que l’homme a fini par remplacer la bête, il cherche encore des motifs de satisfaction dans les sirènes qui l’entourent. Sourires de fiel, palabres incessantes, enfin inutilité collective, il se presse le crâne à deux mains et voudrait boire à la même source viciée que ceux dont les dents sont jaunes.

             Mais pourquoi ? N’a-t-il pas sa propre source ? Ne coule-t-elle pas, sûre et vivifiante, tout près de sa mémoire ? Ambroisie de son cru, dont il connaît le goût, pourquoi veut-il toujours se saouler de mauvais alcools dans ces tavernes poussiéreuses, loin de l’antre frais où est servi son nectar ?

 Etranges desseins que ceux d’une âme qui ignore tout d’elle-même.

Le miroir ment toujours.

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03 décembre 2007

M U R 5 0 8


IMGP0508

Par et pour Elle


   
            Ce n’est qu’un petit bout de mur. Porte sur lui les strates du temps et les rides des hommes, il a vieilli comme ceux qui l’ont créé. Marc passe devant chaque matin, il en effleure le grain tandis que son regard glisse sur la pierre maquillée ; peinture murale aux nuances noyées par la poussière. Quel fut le sens de ce bleu, aujourd’hui ciel ombragé ? Pourquoi ce vert, si jaune désormais ?
            A chaque passage, Marc arrache un lambeau de papier de ce mur d’autrefois. A chaque passage, Marc lacère une toile déjà outragée par les ans, et défigure la façade du passé. Geste mégalomaniaque, il racle la gorge du mur et fait disparaître dix ans de vie sous son ongle pour y graver la sienne. Et le mur se meurt. Défiguré, le lecteur qui s’en approche ne peut plus déchiffrer que de vagues fragments d’histoire, quelques bribes insensées et anachroniques. Seule la vie de Marc s’expose, entière et infligée, au centre du grand livre ouvert. En lettres de sang.
            Processus inversé, infâme dérèglement, le mur voit son envergure diminuer, lui dont l’épaisseur croissait autrefois aux rythmes des saisons. Et sa mémoire saigne, en grosses gouttes temporelles. Marc creuse le mur.
            Ce faisant, il vieillit. Ses chairs s’affaissent, ses joues se vident. Le mur se venge, et infuse en Marc le passé que celui-ci lui dérobe. Chaque matin, c’est une nouvelle décennie que doit souffrir le corps de Marc. Cortège de tracas, de maladies et de joies éprouvantes ; son capital vie s’épuise sous l’assaut du vécu des autres.  
            Et demain, Marc va mourir.
 

 

Ce n’est qu’un petit bout de mur.

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