25 janvier 2008
C H O R U S
Refrain, l’entrée d’un vase clos dans lequel on se promène. « Quel bel endroit ! » s’exclame le poisson rouge à visage humain. Poumons vivifiés hors du bocal, mais phalanges déjà brûlées par la soupe bouillonnante de l’aliénation. Refrain, et puisqu’il faut tourner, tiens-moi la main.
Refrain, cher ange, il existe des taches et des cicatrices qu’on ne voit qu’en plissant les yeux, face à l’ombre. Sans doute la cécité n’est-elle pas pour nous, sans doute est-ce de l’encre qui jaillit de nos yeux lorsque la soie se plisse et que s’effondre le mur. Refrain, et puisqu’il faut voir, tiens-moi la main.
Refrain, onde de choc sporadique. Est-ce le lancinant souvenir d’un mouvement charnel, ou la vague de ton absence dont l’écume vient noyer ma mémoire ? Amour, c’est encore sur la berge que je m’assois, jolis dessins sur le sable. Refrain, partons chercher du marbre, et bravons les saisons.
Je suis dans ton monde et nous écrivons sur les murs. Livre ouvert, nous avons quitté le vase clos. Dans tes yeux miroirs, avance placide l’aiguille de nos promesses. Chuchote-moi des mots, je saurai les loger dans l’alcôve de mes mains.
Refrain, ta voix tambourine contre ma patience. Chorus de ton invitation, anfractuosité magique, glissons nous dans l’antre, et tenons-nous la main.
23 janvier 2008
A C A D E M Y

Comment peuvent-ils ? On ne ment pas comme ça, non, non, non, non ! La bande de bouffons ahuris que l’on nous fait applaudir, faisant de la nullité l’emblème du renouveau, n’y est pour rien. Eux se contentent d’être mauvais, d’être eux-mêmes. Mais les autres ? Ceux que l’on écoute, ceux auxquels nous obéissons, comment peuvent-ils ? Ils mentent, ils mentent, ils mentent, ils mâchent leur suprématie et nous vendent de la beauté pourrie ; ils savent ! Ils se creusent le regard pour deux heures, pour deux heures seulement ils sont vides et leurs poches sont pleines.
Regarde ! Ils nous fixent, ils nous interpellent et nous font croire en ce qu’ils dénigrent, le soir dans leurs palaces ! Ils nous bafouent !
Ils sont le mensonge et la vilénie que tu méprises, et
pourtant tu acclames ! Leurs oreilles débordent de la musique qu’ils
veulent te faire oublier, leurs narines explosent des poudres qu’ils
t’interdisent, ils vivent de tes efforts et toi, toi tu te brûles les doigts
sur les rêves qu’ils te bâtissent. Tu espères, oui, mais eux profitent !
Va ! Sors et oublie ces gens-là, sois élégant !
Ils ne viendront pas te chercher.
21 janvier 2008
R E F U S E T O B E H A P P Y

Je ne veux
pas être heureux. Le bonheur est une apathie, il me rend tendre et malléable,
il dénature mon âme entière.
Souffrances ! Voici les astres qui volent et me tourmentent, voici les folles lumières de la ville qui pétrissent mon cœur de leur originelle empreinte.
Tristesse ! Voici la reine mate
qui fait danser mes yeux, voici la souveraine emprise qui griffe mes
chairs ; encre de sang !
Ô élégante main glaciale, serre
encore mon crâne, emplis-le d’une sourde rumeur. Enfin, crée ! Car j’aime
cracher tes lignes.
Je ne veux pas être heureux, je rejette de même l’alternance des états. Je veux les maux d’estomac, je veux la putride solitude et le phrasé de l’angoisse. Je veux la monotonie. Car enfin, refuser la déception, voilà tout mon bonheur.
09 janvier 2008
U G L Y

Vilaine laideur. Au fond, nous ne sommes pas très beaux,
nous autres. Nous toussotons, nous crachotons. On soupire grassement d’un air
affecté, êtres hautement pensifs !
Regards vides que l’on maquille de mieux, c’est la divine
parodie. Peau pourrie, pot pourri, on se gratte, on se creuse.
Par éclairs, oui, par éclairs tout s’allume. Par éclairs
nous sommes magnifiques. Par éclairs, oui, par éclairs seulement.
Faible azur justificatif du reste, du reste. Cierge athée dans la chapelle sombre, transfigure nos faces blêmes et colore le reste. Pour faire écran, bien sûr...
Mais toujours on se laisse, toujours on se lasse, là,
las, toujours ici, pas de sortie.
Chancre crade, sale salvateur, salle salvatrice, même
crasse, on crâne, on se pose dans cette salle sale, c’est tout ce qu’on a.
C’est
tout ce qui nous reste, du reste, du reste.
Madame se meurt, Madame est morte, Madame est servie.
