27 avril 2008
H E I N E K E N

Jolie rouquine
a marché devant lui.
Pour une heure, jolie
rouquine a été
son témoin de l’inconnu.
Il
Aurait voulu avoir tes yeux,
que vois-tu ?
Seconde révolue, seconde
chérie,
Lorsque
Ton regard a glissé
sur son épaule.
Fée douceur, jamais de face,
Ton profil
Le dévisage ;
Muse de son ennui.
Tout habillée
de sable,
Tout habillée
de vague,
La brume de ta beauté.
Jolie rouquine
a fait battre le monde,
Jolie rouquine
a fermé ses yeux,
et jeté dans le noir
Un regard indolent ;
Princesse sacrifiée aux
regards indécents.
Dans ton soupir sans fin,
douleur, fierté,
Se mêlent.
Lui, t’offense.
Il sait, sans doute,
Que ton acier est froid.
Mais il ignore, toujours,
Comment toucher l’abyme.
Sur l’autel du passage, de
l’entrevue,
de l’éphémère,
Il n’a pas su te rencontrer.
S’en retourne la belle,
le dos brûlé,
le cœur en sang ;
Avec deux yeux rougis,
au creux des reins.
23 avril 2008
H E A R S

Elle a mis sa langue dans son oreille.
sous la cascade, dans la
Contrée suante
Où les membres sont lourds.
Elle a mis sa voix dans son oreille.
Au centre des miroirs, dans
la
lumière
Du soir. Par les vagues de
la moiteur,
Par l’oubli et
Par la pluie des
corps ; naquit Simplicité.
Les mots hauts percutent le
silence instauré ; dans la vallée rouge,
De vieilles figurines.
Elle a mis ses larmes dans son oreille.
Au creux des monts de soie,
dans les plis de l’étreinte,
les froissures du matin.
Elle a mis de la vie
dans son oreille.
R A I N O N M E

Debout sur le pont.
Il fallut
Sortir ; voir le noir.
Instant d’eau, minute horizontale,
L’horizon s’écrase comme
Le penseur, il est
Une ligne mince
Qui se remplit de pluie.
Parce qu’il le faut, la soif
s’épanche
Dans la nuit, ses voiles,
ses portes.
C’est l’heure du jour
Qui entre dans le soir,
Le soir qui s’affale.
Heure divine mêlée
de rose et de gris,
De formes alanguies.
Alors, les choses se rattrapent.
L’envie se précipite,
nocturne ruée
de ceux que la lumière
Aveugle.
Heure magique où l’œil
S’exprime et reçoit,
Heure magique qui
Embrasse le temps, présent.
On les voit, les hommes,
Ils n’ont plus d’ombre !
Alourdis par l’aisance,
Lancinent entre le luxe
Et le passable.
Debout sur le pont.
Déjà frémit le pâle
Relent du lendemain.
20 avril 2008
A B S

Absence,
écriture
automatique ; c’est
pour toi, pour toi, pour toi. L’encre lisse, sur le
papier
granuleux, s’infuse et s’ancre, l’encre noire sur le papier
diaphane.
Cieux immortels, cieux invisibles, votre vue
ne s’offre
qu’à
l’œil d’accalmie, le regard clair,
non
l’horizon funèbre.
Pupilles de cendres, nuages
perchés
au
bout des cils ;
Aveugles voyeurs, vous
ne verrez jamais ce ciel.
Les corps
Serrés, les mots reçus sont
autant d’esquives, ports d’attache,
parcelles de songe,
Insaisissables traces, mémoires ;
Enfin épuisante quête.
Jamais, jamais main ne caresse
La peau de vos sourires.
Si contact il advient, frôlement,
râle, infime flagornerie, ce
n’est
Qu’infâme palimpseste, qu’étreinte
Frivole au regard de ce
vrai,
Ce vrai qui s’échappe
du cœur même
des fables, des fables affabulées.
Un peuple de sirènes, des
Ombres magnifiques, une
Tempête de corps, des
Effusions de larmes, eaux
claires
le long des joues jolies,
Des mots couchés dans l’herbe,
des
phrases de rosée,
Des aurores centenaires
et le calme du cœur.
Absence, tu es la reine des états, tu es
Pour l’homme, tu es
Tout ce qu’il veut, et
Tout ce qu’il n’a pas.
Absence, prend l’homme. Apporte
Sous ton aile, ce morceau
imparfait,
Rassure cet enfant, montre
lui
ta cachette, ton espace,
Ton paradis.

