Comme un passage

Benoit Baudinat, Cinéma, Musique et Littérature : élucubrations d'un parisien à Paris.Textes & Proses des lendemains qui déchantent. Benoit Baudinat.

07 mai 2008

T H A N K S & S O R R Y

     Les_brioches



            
Il était lourd et mal assuré, noble cependant, tête dressée hors du manteau taché par la rue et les nuits froides ; manteau qu’il faut bien porter pour couvrir l’être vrai, pas propre non plus mais bien vivant. Il avait l’allure d’un vieux guerrier vaincu, blessé mais fier, seul et froid face aux cadavres tièdes, mais sage et sur la route, encore. Un peu cassé, un peu lassé.
             Avec son sac à dos, ses pieds en sang et son visage, tout maquillé de sombre, il est entré dans le supermarché. Il a offert son regard bienveillant à l’assemblée des paupières vides, cohortes verticales déambulant dans les allées, à la recherche du besoin. Ca sentait bon la brioche, dans ce supermarché. Il y avait, par-dessus et en dedans, l’odeur des légumes frais qui piquent un peu le nez. Et puis des choses moelleuses, des choses qui brillent tellement qu’on pourrait presque les imaginer en train de fondre, des monticules de douceurs exhibées et des petits rassemblements de boîtes mystérieuses, coffres au trésor.
             Lui, il avait oublié. 

             Il s’est approché d’une caissière, jeune femme un peu ronde ; appétissante et bien à sa place au milieu des rayons.
             « -Pardonnez-moi, Mademoiselle. Auriez-vous quelque chose pour écrire ? »
Un peu méfiante, ou étonnée, la jeune femme ; elle jauge les intentions de l’homme avant l’homme, mais quoi ? C’est son travail. Bredouillante, toute chahutée dans ses repères, elle tend un stylo au grand guerrier.
             Alors, l’homme ouvre son sac à dos trop plein de rien et en extirpe un morceau de carton, dégueulasse et très vieux. Et puis, en grosses lettres noires, il inscrit dessus, le grand guerrier : « J’AI FAIM »
             Comme il rend le stylo à la dame, comme il dit merci en souriant, et comme il sort tout doucement, l’homme. Il s’assoit là, juste devant la porte, l’homme, et installe sa pancarte fraîche sur ses genoux ; aux yeux des autres.





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Posté par calib à 22:52 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Revenez, jolis mots.

Posté par Cherry, 02 juin 2008 à 19:03

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