Comme un passage

Benoit Baudinat, Cinéma, Musique et Littérature : élucubrations d'un parisien à Paris.Textes & Proses des lendemains qui déchantent. Benoit Baudinat.

27 septembre 2008

U N D E R W A T E R

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             Epaules chahutées dans le tunnel qui bouge, Marc ondule sous la terre. Vitres sales ou propres, la même étendue sombre défile, tandis qu’en haut éclate la nuit jaune. 

            En ligne droite, sans obstacle, le gros vers crève les abcès des rues, perfore les boulevards, les monuments. Marc jouit de s’enfouir ainsi dans les arcanes de sa ville ; il en sent les relents. Entre le creux et la surface n’existe qu’une fine croûte de sol ; fauteuil goudronné pour une humanité obèse.

             Voir, décrire en termes crus ce qui pullule dans les couloirs. Ici, l’air manque. Une mouche inattendue, sans joie, cherche son chemin.
             Rien de plus moite que ces parois d’un blanc nacre rendues grasses par la sueur ; l’huile épaisse se plaque au visage, ruisselle, englue, paralyse.

             Voici donc la caverne où l’on ne touche rien. Pudeur ou hygiène, murs et hommes ne se caressent plus depuis des siècles.
             Marc examine ses mains ; il faut qu’elles soient propres ! Déjà, un petit amas de crasse brune, sous l’ongle de l’index... 

             Entre deux grottes sont gravés ordres et mensonges, apostrophes indélicates pour humeurs affaiblies. Peu répondront aux sourires érotiques, dents lisses sur fond rugueux. Le flot gigantesque voudrait mordre dans cette réalité à vendre, glissante comme du sable rose. 

             Le voyage continue. Autour de Marc, une solitude surpeuplée. A en croire les attitudes, il n’y a ici que des rois et des princesses ; ils nagent dans la boue de leur royaume. Acteurs, ils jouent à l’ombre des néons brisés le rôle de la vie choisie. Plus tard, ils entendront les sifflets de la salle presque vide. Pire, ils s’applaudiront peut-être eux-mêmes. 

             Etrange ballet que dansent ces visages harassés, celui de la séduction nonchalante ; stérile posture défensive. Ils savent le contact impossible, parlent avec leurs habits, ils sont vêtus de méfiance. Il faut bouger, pourtant, feindre d’être beau. Comment ne pas se fatiguer pour rien, dans cette cruche moribonde où les immobiles restent au fond ? 

             Clichés ; Marc s’observe. Maussade, dans ses postures figées de mauvais comédien. Il dépose ses yeux sur le siège d’en face, se fixe.
             Ses voisins parlent tous en même temps, ne s’écoutent jamais. Marc ne distingue plus qu’une ligne de basse continue, fréquence surnaturelle faite de l’ensemble. Il imagine une grande bouche capable de déchirer le bruit, hurlement suprême et sinistre ; les dents des voyageurs grincent et se brisent, l’homme vient de rugir sa déréliction. 

             Il est temps. S’agripper aux pattes de la mouche, rendre son ombre à la lumière vraie de la nuit. Le long des dernières galeries, un souffle frais grandit et rassure. Croire à la maigre promesse d’un espace moins clos ; dehors bourgeonnent les bougies hautes.




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15 septembre 2008

R E L O U

 


             Rien d’inventé dans ces nuits là, eh, tu y crois ? Enfant de rien, tu peux cracher. 

             Eh, crache ! Tu as vu, il se casse les ongles pour toi, l’autre nouveau-né. Le vieux, celui qui pue, tellement qu’on adore ça. 

             Les têtes bougent, missiles dissonants dans l’estomac, on tabasse des tambours et on joue avec des cordes, eh, c’est mieux que de se pendre. 

             Combien de regards en rouge dans la grande salle ? De la démence, il y en a partout. C’est le contexte qui t’a rendu dingue, pour une fois le droit à l’extase est dans ta poche. Ouais ! Là, dans l’asile. 

             Tu as dansé, hein ? Tu l’as touché, le fameux truc ? 

             C’était rien qu’une nuit, tu dis ? Non... Demain, ce sera la mort, je l’attends. 

             Mais sur ma chaise musicale, je chante encore un peu. L’horloge du salon peut attaquer la prochaine mesure ! 

             Son tic-tac est frelaté.
             Je préfère donner mon âme au tempo des bébés. 

 Eh, Lou, tu m’aides ? J’ai déjà tout oublié.


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